La bouche pleine de terre

La bouche pleine de terre, suivi de La mort de M. Golouja

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Voici deux nouvelles qui ne m’ont pas laissé indifférentes. Pourquoi ? Parce que La bouche pleine de terre et La mort de M. Golouja m’ont à la fois captivée par la qualité des textes, les rythmes assez speed et le stress qu’ils procurent, mais surtout parce qu’elles m’ont permis de me poser mille questions pendant ma lecture 🤔. Mille questions sur l’humanité, sur les relations que nous entretenons avec les autres, sur les absurdités auxquelles nous pouvons parfois être confrontés. Mille questions sur la cruauté, la pression sociale, sur l’intimité et le manque d’intimité, sur ce que nous pouvons et devons dévoiler aux autres. Mille questions très actuelles, et pourtant, les nouvelles ont été écrites respectivement en 1974 et 1978.

LA BOUCHE PLEINE DE TERRE

L'histoire

La bouche pleine de terre est l’histoire d’un homme triste et déprimé qui décide de mettre fin à ses jours dans une forêt 🌳. En arrivant dans les bois, ils croisent le regard de deux chasseurs qui campaient là. Sans prendre le temps de les saluer, comme le veut la politesse, il continue sa route à la recherche de l’endroit idéal où il rendra son dernier souffle. Intrigués par le comportement de cet inconnu, les chasseurs se mettent à sa poursuite, car un homme qui ne prend pas le temps de saluer ses congénères à forcément quelque chose à cacher. S’en suivra une cavale incroyable, pleine de rebondissements et d’absurdités.

Le style

L’univers est très sombre et la narration est vraiment particulière. L’emploi de la première personne du singulier est attribué à l’un des chasseurs, tandis que la troisième personne du singulier et l’italique sont réservées au “fugitif”. Le “je” versus le “il”. Comme si le fuyard n’avait pas le droit à la parole, comme s’il y avait déjà une distance entre lui et eux, appuyé par le récit et le déroulement de l’histoire. Il n’est nul doute que l’emploi du “il” participe au mystère du personnage. A contrario, le “je” représentant le chasseur, indique la force et la domination.

Bien plus que l’emploi de ces pronoms personnels, l’histoire nous questionne sur plusieurs choses : la méfiance de l’autre d’abord, les interrogations, la rage, la haine. Tout tourne autour de l’autre, cet être inconnu si terrifiant. Ne pas savoir, ne pas essayer de comprendre l’autre. Vouloir à tout prix avoir des réponses, trouver une explication à quelque chose qui paraît pourtant sans importance. Et puis au fond, de quoi je me mêle ? Au fur et à mesure de l’histoire, nous voyons grandir la rumeur et sa dangerosité. Sans en dévoiler trop, elle peut-être responsable du pire.

LA MORT DE M. GOLOUJA

L'histoire

Tout comme la nouvelle précédente, le ton et le style sont sombres et grinçants. M. Golouja, personnage énigmatique au début de l’histoire, est le fruit de tous les commérages du village. Qui est-il ? Que fait-il là ? Pourquoi ne part-il pas ? Toutes ces questions deviennent insoutenables pour les villageois qui décident d’interroger l’homme qui n’avait rien demandé. Les trouvant beaucoup trop insistant dans leur interrogatoire, M. Golouja va s’empêtrer dans un mensonge saugrenu : s’il est là, c’est parce qu’il a décidé de se suicider ici. Stupéfaits, les villageois vont être aux petits soins avec lui, jusqu’à ce que le ton change et qu’ils se posent de nouvelles questions.

Le style

Tout est encore question de l’autre et d’ignorance, d’une histoire grotesque et absurde partie d’un détail pourtant insignifiant. Il n’est absolument pas question de curiosité ici, mais de peur de l’autre, de cet inconnu qui pourrait nous vouloir du mal. De la méfiance naît l’emballement, de l’emballement surgi la haine qui mène inexorablement à des fins tragiques.

Pour être honnête, je ne connaissais pas Branimir Šćepanović. Ces deux nouvelles font partie des classiques de la littérature Serbe et ont été pour moi une véritable découverte. Je n’avais jamais rien lu de pareil. J’avoue aimer les histoires sombres et là, j’ai été servie. L’auteur a une faculté incroyable pour raconter l’incompréhensible grâce à une écriture dynamique vraiment particulière. Pour être plus claire, ces deux nouvelles sont un peu comme le Boléro de Ravel. Vous partez de rien, un simple instrument de musique et à l’arrivée, vous obtenez un final grandiose et incroyable. Je ne pense pas pouvoir résumer mieux que cela le style de Branimir Šćepanović 😅. En tout cas, c’est une vraie découverte !


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