Deux secondes d'air qui brule, Diaty Diallo, éditions du Seuil

Deux secondes d’air qui brûle

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Deux secondes d’air qui brûle, ou comment la vie d’une famille, d’un quartier peut basculer en une fraction de seconde, voici le propos de ce livre magnifique de Diaty Diallo.

L’HISTOIRE

Comment raconter l’histoire sans trop en dire ?

Le décor se situe dans un quartier populaire de la région parisienne. Alors que la soirée est à la fête (barbecue improvisé pour certains, soirée dans les sous-sols pour d’autres), une intervention policière va venir déstabiliser cette quiétude. Cela commence par des contrôles agressifs, puis le ton monte vite, alimenter par l’incompréhension des habitants du quartier qui assistent à la scène, blasés de cette routine de harcèlement policier.

La bavure était inévitable, et conduit à la mort d’un jeune du quartier.

LA DUALITÉ DES ESPACES

La particularité de cette histoire réside dans les espaces dans lesquels elle se déroule. “Sous-sol”, “Dessus”, “Dessous”, “Zéro”, “Parking”, en gros, l’intérieur et l’extérieur, des espaces qui se veulent impersonnels, mais que les habitants du quartier connaissent bien et s’approprient. Des espaces à première vue sans âme, et pourtant… Ces lieux sont riches de sociabilité, de vie, et d’envie de vivre.

LA DUALITÉ DES SENTIMENTS

L’intérieur et l’extérieur, on en reparle ici. Gérer ses sentiments seul, les partager avec les autres, les crier, les refouler, affronter un deuil à sa manière. Les habitants peuvent compter les uns sur les autres, car il y a, dans ce quartier, une solidarité réconfortante, une entraide que l’on retrouve probablement peu ailleurs. Affronter un deuil autour d’un repas préparé et partagé avec tous, écouter de la musique, préparer l’après…

Tout simplement vivre ensemble une tragédie.

LA DUALITÉ DES PERSONNAGES

Le fossé entre la jeunesse des banlieues et la police. Le manque de communication, l’abandon de ces quartiers par les politiques, le manque de tout en fait : de travail, de loisir, de services publics…

Un simple barbecue “sauvage” tourne au drame à cause d’un excès de pouvoir. Vouloir à tout prix perturber un moment de convivialité, ne pas vouloir entendre les arguments des jeunes, ni les tentatives de négociation. Briser des vies par excès d’autoritarisme. Cela rappelle évidemment beaucoup d’histoires, notamment celle de Zyed Benna et Bouna Traoré, mort le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, électrocutés dans l’enceinte d’un poste électrique dans lequel ils étaient entrés pour éviter un contrôle de police.

LA DUALITÉ DES ÉCRITURES

C’est clairement ce que j’ai adoré dans ce livre. L’autrice fait parler ses personnages avec leur langage de banlieue et de jeunes. Ainsi, elle ne triche pas, les dialogues sont vrais, et nous immergent dans la vie de ce quartier de façon franche et honnête.

Au contraire, quand elle décide de s’éloigner des dialogues, et de raconter les ambiances, les sentiments, les odeurs, sa plume est très poétique. Ce mélange d’écritures m’a beaucoup plu et je trouve que cela apporte un vrai plus à la lecture.

CE QUE J’EN AI PENSÉ

Il a été très difficile pour moi de lâcher ce livre. Même si, malheureusement, le sujet est devenu banal (ça me rend dingue), j’ai eu envie d’accompagner ces gens dans leur deuil et leur colère. J’ai été complétement prise par le texte de Diaty Diallo, happée par cette histoire très forte et bourrée d’amour. Parce qu’il est vraiment question de cela ici. L’amour d’un frère, d’amis, d’un quartier. A lire de toute urgence.


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