Le chant des revenants, Jesmyn Ward, éditions 10-18

Le chant des revenants

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Je ne sais pas comment vous parler du Chant des revenants. Je pourrais vous faire un résumé précis, vous expliquant les caractéristiques de chaque personnage, la trame de l’histoire, mais je n’y arrive pas.

Même si c’est un roman, on pourrait penser qu’il s’agit du témoignage d’une famille du Mississippi. Le racisme y est abordé sans complexe par les récits du grand-père, qui raconte à son petit fils Jojo les atrocités qu’il a vécues et entendues pendant sa jeunesse : les pendaisons, les tortures, les insultes, tout est dit. Mais ce fléau est encore très actuel. Jesmyn Ward, l’autrice, aborde le racisme du 21e siècle, celui qui a tué le frère de Léonie (la mère de Jojo et Kayla), celui qui a exclu Jojo et Kayla de la vie de ses grands-parents paternels, n’acceptant pas du tout que leur fils Michael fasse sa vie avec une femme noire.

La dureté de la vie de famille est aussi abordée. Comment élever des enfants lorsque l’on est incapable de s’occuper de soi ? Lorsque l’on est une jeune femme toxicomane, emprise d’hallucinations à chaque défonce, qui lui font voir son frère mort il y a des années. Ou lorsque l’on est incarcéré dans une prison à des centaines de kilomètres de chez soi, privant ainsi tout contact avec ses enfants, comme c’est le cas de Michael, le père de Jojo et Kayla.

Les croyances et le poids du passé accompagnent les personnages du début à la fin, avec ces fantômes qui surgissent, hantent les vivants, racontent le passé, témoignent du présent en attendant leur délivrance.

Malgré toutes ces épreuves, l’amour est partout. Même si cette famille est confrontée à de multiples difficultés, elle connaît l’amour. Celui d’un frère et d’une sœur, d’une mère pour sa fille, de grands-parents pour leurs petits enfants et réciproquement, et d’un jeune couple empli de passion l’un pour l’autre.

Et puis il y a le décor, celui de l’Amérique profonde dans toute sa splendeur. Les fermes isolées, les routes à n’en plus finir qui vous donnent envie de tracer sans vous arrêter. La végétation, les animaux, le ciel, tout est décrit pour vous immerger au plus profond de cette Amérique sauvage et belle à la fois.

Voilà tout ce qu’il y a dans ce roman. Tout est bouleversant : chaque personnage, chaque épreuve, chaque mot. La plume de l’autrice est emplie d’empathie pour cette famille, mais elle est également dure avec chacun d’eux. Elle nous livre sans tabou ce qu’ils sont, leurs travers, leurs peurs, leurs sensibilités, leurs colères, tout, ce qui les rend incroyablement réalistes.

J’ai tout de suite été prise par l’histoire, je me suis immédiatement attachée à cette famille, j’ai compris leurs difficultés, j’ai ressenti leurs émotions, j’étais avec eux. Ce qui m’a permis de vivre l’histoire comme cela, c’est indéniablement l’écriture du texte. Les descriptions des caractères, des humeurs des personnages les rendent tellement réels, et l’esquisse des décors nous plongent vraiment au coeur de l’histoire. J’ai réussi à tout imaginer : les maisons de tous les personnages, la prison, les routes, les arbres, les chants, tout. J’adore ça quand je lis un livre.


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